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La FNAPAEF solidaire de la Fédération 3977

  • Sylvie FORTIN, vice-présidente de la FNAPAEF
  • 26 févr.
  • 3 min de lecture

La Fédération 3977 contre les maltraitances faites aux personnes âgées et aux adultes en situation de handicap se voit contrainte de mettre fin aux activités de sa plateforme d’écoute le 28 février 2026, après une expérience de 30 ans. Elle a en effet perdu l’appel d’offres lancé par le ministère du Travail et des Solidarités, qui lui a préféré, pour des raisons de prix, l'entreprise Qualisocial, spécialisée dans l'accompagnement des risques psychosociaux au travail.

Cette décision, qui entraîne le licenciement des salariés de la plateforme d'écoute 3977, met également en difficulté les 51 centres locaux Alma, rattachés à la fédération et animés par des bénévoles.


L'éviction d’une structure associative à l’expertise reconnue au profit d’un opérateur privé lucratif beaucoup moins expérimenté suscite une grande inquiétude sur la politique de lutte contre les maltraitances à l'égard des personnes en situation de vulnérabilité.

Dans son communiqué de presse du 3 décembre 2025 (à télécharger ci-dessous), la Fédération 3977 indique que « derrière cette décision se cache un tournant politique majeur : les politiques publiques de protection des personnes vulnérables basculent dans un modèle marchand, où l’écoute devient une “prestation téléphonique” et où la bientraitance relève désormais d’un marché concurrentiel. ». Pourtant « aucun algorithme, aucune procédure standard, aucun script ne peut remplacer la densité humaine d’une écoute protégée, experte et dédiée. ».

Dans son communiqué de presse du 6 février 2026 (à télécharger ci-dessous), le Collectif TeSS (Téléphonie sociale et en santé), aux côtés de la Fédération 3977, soutient lui aussi que « L'écoute associative n'est pas un service, c'est un pilier démocratique. […] Nous affirmons que l’écoute est un acte de lien et de reconnaissance, défendons le rôle irremplaçable du tiers indépendant désintéressé et refusons la réduction de l’écoute à un outil de gestion administrative ».

Le président de ESS France (Chambre Française de l'Economie Sociale et Solidaire) dénonce également, dans une vidéo, le contresens que représente pour lui ce transfert au privé de l’activité du 3977, dans une logique uniquement de coûts et sans tenir compte des risques induits par la recherche de profits sur une activité tournée vers le soin et la dignité des personnes.


Comprendre le rôle et les exigences de l’écoute était au centre du colloque national 3977 « L’écoute, le lien et le liant au cœur de la lutte contre les maltraitances » qui s’est tenu à Paris le 9 février 2026, avec des experts juridiques, économiques et philosophiques du sujet.

L’écoute y a été présentée comme la fonction à la fois la plus forte et la plus humble de l’humanité : en devenant témoin de la souffrance vécue, l’écoutant prodigue à la personne maltraitée un tout premier acte de soin et de réparation. Paradoxalement, la parole de la victime émerge souvent sous forme de honte ou de culpabilité, puis, avec le temps, l’échange permet les retrouvailles durables de la personne avec les mots, qui vont apaiser ses angoisses, faire revenir son désir de vie et lui faire retrouver sa capacité d’agir.

Il s’agit donc d’accueillir la parole comme elle vient, parfois confuse et parfois désordonnée, sans chercher à explorer à ce stade sa crédibilité ou à être performatif. Cela suppose, pour l’écoutant, du temps, des compétences, une éthique et la conscience de ses propres filtres.

A contrario, mal écouter peut être la première étape du processus de « victimisation secondaire » qui désigne la souffrance générée par la façon dont les institutions traitent la plainte exprimée par la personne maltraitée, que cette victimisation soit relationnelle (inattention, remise en cause de la parole, propos moralisateurs, culpabilisation…) ou organisationnelle (répétition du récit traumatique, instruction inefficace, inaction…).


La FNAPAEF soutient l’action associative d’écoute des maltraitances et regrette que la Fédération 3977 n’ait pas été reconduite dans sa mission. Nous avons manifesté notre solidarité à travers notre rapport moral 2024-2025, notre participation au colloque du 9 février 2026 et notre intervention au Comité Avancée en âge du Défenseur des droits du 10 février 2026.


Une écoute de qualité est le socle du dispositif de lutte contre les maltraitances faites aux personnes en situation de vulnérabilité. Encore faut-il que les institutions responsables de mettre fin à ces maltraitances se saisissent ensuite de ces plaintes et signalements de façon réactive, exigeante et courageuse, au risque, sinon, de provoquer une douloureuse victimisation secondaire. D’immenses progrès restent à faire sur ce sujet, en s’inspirant de ce qui a pu montrer son efficacité dans d’autres types de maltraitances ou dans d’autres pays.


Sylvie Fortin, vice-présidente de la FNAPAEF


 


 
 
 

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