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les anciens et leurs proches parlent aux candidats présidentiels et aux parlementaires

Webconférence du 1° avril 2022 

  - L’EHPAD d’aujourd’hui, ce qu’il faut changer tout de suite !    La vie en EHPAD

  La dépendance des personnes âgées désigne une perte d’autonomie aussi bien physique que psychologique. Cette perte d’autonomie nécessite la présence d’une tierce personne de façon ponctuelle ou permanente.
Elle concerne une personne de plus de 85 ans sur 5 (20%). On compte
7 500  établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes répartis en trois catégories : publics, privés commerciaux et privés associatifs.  Quelque 611 000 personnes âgées y résident. Les trois quarts sont des femmes.

– Conditions actuelles

 

La population accueillie en EHPAD a évolué en 20 ans. L’entrée est de plus en plus tardive. Les personnes sont de plus en plus dépendantes et majoritairement atteintes de troubles cognitifs.

La mixité entre résidents atteints de pathologies diverses complexifie le développement d’une vie sociale collective au sein des EHPAD qui accueillent aussi des personnes âgées venant d’institutions psychiatriques.

Les EHPAD ont une très mauvaise réputation dont les causes sont diverses.

Les problèmes sont connus depuis des décennies, citons les principaux :

 

  • Manque récurrent de moyens financiers en personnels soignants. En nombre insuffisant, ils sont surchargés, peu disponibles pour les résidents, leurs familles et leurs anciennes relations.
    Rémunérations peu attractives, taux d’absentéisme et turnover important conduisant à un dysfonctionnement dans l’organisation du travail.

      Les accidents du travail sont plus nombreux que dans le BTP. Le Ratio moyen est à 0,6 ETP inférieur aux autres pays européens.

 

  • Fâcheuse tendance à nommer un directeur pour 2 voire 3 EHPAD, avec éventuellement des services de soins à domicile. Primauté de la gestion financière au détriment du rôle de manager d’équipes et des relations familles/résidents. Peu d’écoute et de prise en compte des réclamations. Il semblerait que les directions soient peu formées à la réglementation des Conseils de la Vie Sociale. 

 

  • La fonction de direction peut varier selon la taille de la structure et son rattachement ou non à une association, collectivité publique ou groupe privé, de ce fait nous constatons que des comportements managériaux sont peu ou pas compatibles avec une mission de service social d’accueil pour personnes vulnérables. Nous nous questionnons sur les critères d’embauches retenus et leurs fiches de mission.

  • Les ARS et Conseils départementaux n’ont pas les moyens financiers pour doter les EHPAD selon leurs besoins. Ils ne jouent pas ou peu leur rôle d’organismes contrôleurs et ne prennent pas en compte les alertes des familles.

 

  • Les médecins coordonnateurs des EHPAD, quand ils existent, n’ont pas un temps de présence suffisant pour remplir correctement leur mission. À noter des rémunérations peu attractives, ainsi qu’une pénurie de médecins, surtout en zones rurales. 

 

  • Les services de restauration, d’animation, d’entretien du linge sont souvent de piètre qualité.   

 

  •  Les repas du soir sont souvent servis trop tôt. Les animations proposées profitent surtout à une minorité, plus autonome. Les autres résidents sont plus ou moins isolés dans leur chambre, situation qui provoque l’ennui, la solitude et le désintérêt, constitutifs du syndrome de glissement.

 

  • Encore trop d’EHPAD sont inadaptés aux handicaps, voire vétustes, tristes, avec des ascenseurs sous dimensionnés pour fauteuils et brancards, de grands couloirs ajoutant à la désorientation et à la difficulté de repérage et à la déambulation.

 

  •  Le reste à charge mensuel est trop lourd, il excède bien souvent les ressources du résident.

 - Pourquoi ça ne bouge pas ?

 

Les budgets alloués aux établissements sont insuffisants.

Les gouvernements reculent chaque année pour faire voter les budgets permettant enfin de remédier à ce manque récurrent de moyens humains.

     

Les organismes de contrôles.

Les ARS et les Conseils départementaux ne pouvant assurer le financement des besoins réels en personnels de soins ne sont pas efficaces dans leurs contrôles. De plus, les problèmes relevés par les familles, les associations et leurs fédérations ne sont pas pris en compte, ou à la marge.

  - Nous demandons dès aujourd’hui que :

 

  • L’Etat débloque massivement les crédits à hauteur des besoins réels, permettant ainsi d’augmenter le nombre de soignants à 0,8 ETP « au chevet du résident » et à 1 ETP pour les secteurs Alzheimer et maladies apparentées. La revalorisation des salaires est indispensable.

 

  • Le personnel soit qualifié, formé à la spécificité du grand âge et de ses différentes pathologies. Les connaissances doivent être réactualisées tout au long de la vie professionnelle. Un fonctionnement basé sur l’éthique et l’humanité sera un pré-requis obligatoire ains qu’un temps de travail dédié à l’analyse des pratiques.

 

  • La plénitude des droits du résident soit reconnue. Respecter les choix des personnes. Le résident doit pouvoir se sentir comme chez lui. Sa chambre est « son lieu privé », frapper avant d’entrer, avoir la possibilité d’avoir sa clef. Les repas doivent être servis aux heures habituelles 12h et 19h pour les principaux. Les menus seront variés et de qualité. C’est un des seuls plaisirs qui leur restent.

 

  • La vie sociale prenne tout son sens, les rencontres, les sorties, les animations seront adaptées selon les possibilités de chacun, les visites de familles et amis doivent être facilitées, les programmes seront débattus et choisis par les intéressés, des partenariats bénévoles seront recherchés pour faire vivre l‘esprit de citoyenneté quelle que soit la perte d’autonomie.

 

  • Les associations du médico-social soient agréées afin que leurs membres puissent devenir Représentants des Usagers (R.U), comme dans le sanitaire. Ce point est essentiel pour qu’enfin, les familles soient entendues et reconnues dans le rôle essentiel qu’elles doivent avoir pour la protection de leurs parents.

       Le décret sur le Conseil de la Vie Sociale doit être revu comme demandé par la FNAPAEF.

 

  • Les procédures de contrôle des EHPAD soient revues et les rapports d’inspection rendus publics.

 

  • Soit mis en place un Service d’Enquêtes « Spécialisé » indépendant dans chaque département, avec représentation de membres de la société civile, type conseil des sages.

 

 

En résumé, nous demandons que les recommandations sur les droits fondamentaux, publiées début mai 2021, par la Défenseure des droits, celles du rapport de la Cour des comptes sur les EHPAD soient reprises par le gouvernement et appliquées par tous les EHPAD. Enfin, qu’une loi Grand Âge et Autonomie, tant attendue reprenne l’essentiel des préconisations du rapport LIBAULT.

Elisabeth Artu et Michel Brousse